André Aciman

Une fois de plus, ma meilleure amie (cette héroïne de l’ombre) a visé juste avec ce roman. Elle me l’a offert l’an dernier pour mon anniversaire et je l’ai immédiatement mis dans ma liste de lecture. Les critiques du film adapté de ce livre, ainsi que son Oscar du meilleur scénario adapté, ont piqué ma curiosité.

Okay, mais c’est quoi ?

Édité pour la première fois en français en 2008 sous le titre Plus tard ou jamais, le roman change de nom à sa réédition post-adaptation cinématographique pour devenir  le plus littéral Appelle-moi par ton nom. André Aciman raconte ici le parcours d’Elio, un jeune garçon qui découvre, non sans douleur, le pouvoir du désir et de la passion.

Fils d’un professeur Américain et d’une mère italienne, Elio, 17 ans, a l’habitude de passer l’été dans leur maison en Italie. Et chaque été,  son père embauche pour six semaines un jeune étudiant-chercheur pour l’aider à gérer son courrier, en échange d’un logement calme et gratuit pour parfaire le manuscrit de sa future publication. Sauf que l’étudiant qui débarque cette année-là, le solaire Oliver, 24 ans, ne laisse pas Elio indifférent.

Et du coup, c’est bien ?

Mieux que bien. Comment vous décrire ce roman sans trop vous en dire… Que vous ayez ou non vécu une passion similaire dans votre jeunesse, vous serez, je pense, complètement transportés par le réalisme de la narration. L’histoire entière repose sur Elio, ce qu’il apprend, ce qu’il ressent, ce qu’il craint. Sur la relation qu’il entretient avec les autres et avec lui-même. J’ai adoré ce livre, parce qu’il me touche particulièrement. J’ai été Elio. Je suis Elio. Et vous vous en doutez, je serai toujours Elio. Mais je suis aussi Oliver, ce qui revient finalement au même. Mais vous comprendrez mieux en lisant le livre.

Hm, tu peux développer ?

Que dire… Je redoute tellement de vous le vendre mal, ou trop. Je n’ai pas vu le film et pour tout dire, maintenant que j’ai lu le livre, je le redoute un peu. L’écriture d’André Aciman rend chaque pensée, chaque émotion, chaque frisson si vrai que vous en oublierez parfois que vous n’êtes pas Elio. Et si vous avez déjà vécu ce qu’il vit, alors cela vous replongera immédiatement dans vos souvenirs, comme si vous y étiez.

Elio est le personnage central de l’histoire, mais également le narrateur.  Et il nous raconte tout ce dont il se souvient de cet été-là en déroulant le fil de ses pensées. Ce qu’il a vu, fait, et ressenti. On est donc parfois embarqués dans des souvenirs antérieurs à la narration, puis on est immédiatement replacé dans le récit. Le côté erratique de la chronologie ajoute au réalisme du style choisi. On en oublie souvent l’auteur derrière le narrateur.

L’histoire commence au début des vacances d’été 1987, et s’étend sur vingt longues années, mais le découpage en quatre parties inégales bouleverse la perception du temps qui passe. L’été semble durer des années.  Elio rencontre Oliver. Puis naît en lui cette passion, ce désir, qu’il ne comprend pas et qu’il ne contrôle pas. Son monde s’effondre, mais lui, il se construit. Autour d’Oliver et de ce désir ardent, autour de cette famille d’érudit un peu hippie qui le laisse, ou plutôt qui insiste pour qu’il vive sa vie.

Le soleil brûlant du mois de juillet sur la côte italienne, l’esprit libre de l’été, le pouvoir enivrant de la musique et de la poésie. Tout nous place dans le contexte idéal aux amours de vacances. Mais ne sont-elles que ça, ces vives passions qui nous ont dévorés et qui nous font encore sourire des années après s’être terminées ? Ne sont-elles que des souvenirs ? Ou les pavés qui ont aidé à bâtir la personne que nous sommes aujourd’hui. L’ombre des essais qui nous ont menés à la vie que nous avons choisie. Le moteur de nos décisions.

Car comme pour chaque chose qui se termine, il y a un avant et un après.

En bref ?

En plus de batailler avec  sa probable bisexualité dans les années 80, Elio se bat avec lui-même et l’adulte qu’il est en train de devenir. L’histoire n’est ni heureuse ni triste, mais belle. Et empreinte d’une certaine nostalgie qui ne vous quitte jamais. Elle rallume des souvenirs qui nous inquiètent, et nous apporte des réponses qui nous rassurent. Nous avons tous été plus ou moins Elio, ou Oliver. Et avec le temps, nous pourrions devenir son père, ce sage discret qui sait voir et écouter sans juger.

Du coup, je le lis?

Si vous êtes adulte et que voulez passer un bon moment plein de nostalgie, et sûrement en apprendre un peu plus sur vous-même, ce livre est celui qu’il vous faut. Si vous avez l’âge d’Elio et que vous rencontrez le même genre de situation que lui alors vous pourriez trouver dans ce livre une forme de réconfort, l’impression que quelqu’un vous comprend, que d’autres l’ont vécu avant vous et que vous n’êtes pas seul.

Un dernier conseil ?

Pour tous ceux qui remettent leur vie à plus tard, je reprendrai simplement les mots d’Oliver :

« Si ce n’est plus tard, quand ? »

Directement inspiré des paroles de Rabbi Hillel :

« Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? Si je suis seulement pour moi, que suis-je ? Et si pas maintenant, quand ? »