Terry Pratchett & Neil Gaiman

Ma meilleure amie m’a offert ce livre il y a deux ans environ. Je lui avais promis de le lire très vite pour qu’on puisse en parler, car elle l’avait adoré. Et me voici, deux ans plus tard… C’est probablement le sud qui déteint sur moi.

Okay, mais c’est quoi ?
Publié en 1990 pour la première fois, c’est Terry Pratchett (Les Annales du Disque-Monde) et Neil Gaiman (American Gods) qui ont donné naissance à Good Omens, cette histoire loufoque de fin du monde.

Dans un beau mélange de fantastique et d’humour, ils nous racontent comment Crowley et Aziraphale, respectivement un démon et un ange, perdent l’antéchrist à l’aube de l’apocalypse. C’est aussi simple que ça, sauf que c’est là que les choses se compliquent. Les deux protagonistes, coincés sur Terre depuis la Création, sont bien trop humain pour leur propre bien.

Et du coup, c’est bien ?
Je découvre (tardivement) Pratchett et Gaiman et j’étais ultra satisfaite quand j’ai fermé ce livre. J’avais l’esprit léger et un petit sourire bête sur le visage. Celui que tu as quand tu viens de passer un bon moment avec une vielle connaissance que tu n’as pas vu depuis des lustres. Ce livre m’a raconté des tas de choses, parfois attendrissantes, parfois drôles et parfois profondes. Il m’a fait réfléchir sur des sujets importants, des sujets personnels et collectifs. Mais toujours sur un ton suffisamment léger pour ne pas plomber l’ambiance. Il y a un peu de tout dans ce livres et c’est je pense, ce qui en a fait un classique.

Hm, tu peux développer ?
Tout d’abord, le thème. Cette histoire est basée sur l’imagerie religieuse telle qu’elle est présentée dans la bible (enfin presque). Tout est là, depuis le jardin d’Eden jusqu’aux quatre Bikers de l’Apocalypse. On y retrouve des figures emblématiques du Ciel et de l’Enfer et bien sûr l’Antéchrist. Sans être quelqu’un de religieux, c’est une imagerie que j’apprécie particulièrement. Elle est claire et facilement compréhensible. Le twist ici, c’est de détourner cette dichotomie (bien/mal, blanc/noir), pour déposer sur le tout un léger voile gris : l’humanité (avec un petit et un grand H).

Les codes sont scrupuleusement respectés : les démons sombres créatures avides des souffrances humaines, et les anges figures lumineuses vouées à la vertu. Les uns sont vils, et les autres sont hautains.

Deuxième point fort selon moi : les personnages portent littéralement l’histoire. Si l’un d’eux était différent, la fin du livre n’arriverait pas. Ils sont attachants, mais complètement dépassés par les évènements. Plus l’histoire avance, plus la lumière se fait sur ce qui lie ces personnages qui n’ont en apparence, pas grand-chose en commun. Ils sont nombreux, mais tous amenés avec beaucoup de finesse. Chacun est défini par un trait de caractère qui lui est propre, ce qui permet de s’y retrouver facilement. Chacun d’entre eux a un rôle précis à jouer dans ce traquenard qu’est la fin du monde. Rôle que l’on découvre au fur et à mesure de l’histoire, au fils de courts segments qui s’enchaînent à un rythme effréné.

J’aurai du mal à vous dire qui est mon personnage préféré mais en tête de liste, je place à coup sûr l’Antéchrist lui-même. Adam est un garçon de onze ans, chef d’une petite bande tout à fait polissonne, à peine loubarde. Cette semaine apocalyptique est un réel parcours initiatique pour lui. L’instigateur de la fin du monde est écrit avec tellement d’innocence. Ses pensées, ses actions et ses réactions reflètent très bien son jeune âge. Je suis aussi complètement fan des Bikers de l’Apocalypse (et surtout de la façon qu’ont eu Pratchett et Gaiman de les introduire). Mon petit côté rock kitsch. Et de toutes les références à des personnages de la bible (vous retrouverez vous-même facilement qui est qui si vous connaissez un peu l’histoire de l’apocalypse), et à la pop culture. La relation entre Aziraphale et Crowley est également assez mignonne. Ces deux lascars, (limite rebelles, jamais renégats) sont liés par leur passé commun mais aussi et surtout par leurs défauts humains. Un comble pour des êtres célestes dévoués à la Cause.

Et enfin, l’humour. Le style de Pratchett m’avait-on dit, est complètement décalé et j’adore ça. Je n’ai donc pas été déçue. Lire Good Omens est une très bonne façon de découvrir son style avant de se lancer dans des romans plus conséquents. Sa plume burlesque s’est parfaitement fondue dans l’histoire et on en profite tout au long du récit. Les situations sont toutes plus inattendues les unes que les autres. Les personnages ont des caractéristiques et des motivations étranges. Le tout donne une suite d’évènements improbables qui nous amène doucement mais sûrement jusqu’au jour du combat final entre le Ciel et l’Enfer.

En bref ?
Une poignée d’humains qui court sans le savoir vers la fin du monde… Good Omens est une histoire assez tragique finalement. Mais grâce à l’humour burlesque de Terry Pratchett, et à une pointe de cynisme qui enrobe le tout, le récit se change en une comédie intelligente et efficace qui interroge avec finesse l’opposition entre le bien et le mal. Des messages humanistes et humanitaires disséminés un peu partout (plus ou moins dissimulés) apportent de la matière à notre réflexion. Au fil des pages, on se demande sans même s’en rendre compte si bien et mal peuvent exister l’un sans l’autre, si les zones grises ne sont pas essentielles au bon fonctionnement de la machine, et si finalement, être humain, ce n’est pas trouver un juste milieu.

Du coup, je le lis?
Bien sûr ! Et pas seulement parce que c’est un classique de la littérature fantastique britannique. Si les situations loufoques et les explications saugrenues te font rire, ce roman est pour toi (mention spéciale pour les notes de bas de pages). Si tu n’es pas un(e) grand(e) fan de fantastique, tu apprécieras le côté ponctuel et subtil de la magie. Et si tu n’as pas envie de réfléchir au sens de la vie, tu peux quand même le lire et profiter de l’humour et du suspens.

En revanche, si le thème de la religion ou l’imagerie de la religion chrétienne te dérange, je ne te conseil pas de te lancer car elles sont omniprésentes. Et si tu t’attends à de la grosse Apocalypse bien épique, ce n’est pas non plus ton meilleur pari.

Un dernier conseil ?
Ose ! Change de genres et de styles de lectures, tu pourrais bien te surprendre à aimer des choses bien différentes de ce dont tu as l’habitude. On se terre souvent dans la sécurité des choses familières mais la véritable aventure commence toujours par un saut dans l’inconnu.