Intermew : Isaac de Mont, auteur des Nouvelles Fantasmagoriques

Bonjour à vous Chapotteurs et Chapotteuses ! Ici Ariel Cat-tinou et Shalena pour vous faire découvrir un recueil de nouvelles pour le moins original. Il y a quelques temps, Isaac de Mont nous a contactées pour nous proposer la lecture de son recueil. Toujours mues par la curiosité, nous avons sauté sur l’occasion pour lui proposer un article sur notre blog. Voici notre entretien avec ce jeune auteur, agrémenté de notre retour sur ses histoires fantastiques et fantasmagoriques.

L’intermew

Les Chats Pitres : Depuis quand écrivez-vous ?

Isaac de Mont : J’écris depuis l’enfance, mes premiers récits construits remontent à l’adolescence.

LCP : Pourquoi avez-vous choisi d’écrire des nouvelles et non des histoires plus longues?

IdM : Le genre de la nouvelle n’est pas une prédilection. J’ai davantage d’expérience avec les romans. Ces nouvelles ont été rédigées dans le cadre de concours de nouvelles et d’appels à textes : c’est une bonne manière d’entrer dans l’imaginaire d’un auteur en peu de temps. Le format est court, mais intense. Il demande une sélection minutieuse de nos références, il s’agit d’une bonne façon de se faire remarquer auprès des lecteurs, quand on n’a pas de lectorat.

Les notes d’Ariel Cat-tinou et Shalena : En tant que lectrices habituées des romans, les nouvelles sont rapides à lire et donc plus accessibles. Mais elles procurent parfois  ce léger sentiment de frustration. C’est court, trop court quand elles nous plaisent, et se plonger dans la suivante est parfois difficile.

LCP : Quand nous avons pris contact avec vous, vous nous avez informés que ces nouvelles avaient été écrites dans le cadre de concours. Pouvez-vous nous en dire plus ?

IdM : Effectivement, j’ai participé à sept concours différents, pour chaque histoire, entre l’été 2018 et 2019. Les thèmes imposés différaient. La deuxième nouvelle De Sang par exemple, a été proposée au Prix des Mille Saisons, avec pour thème : « Revenir de l’Avenir ». D’ailleurs, chaque nouvelle correspond au règlement imposé, en termes de signes et longueur de texte. Ce qui justifie également la brièveté d’une nouvelle comme Octavus (pour le concours organisé par Les Amis de Corinne Vuillaume). Pour celle-ci l’exigence était maximale : le thème étant le piano, mais avec un nombre de mots particulièrement limité.

Les notes d’Ariel Cat-tinou et Shalena : Le travail de la nouvelle dans le cadre d’un concours est quelque chose qui nous impressionne beaucoup. Les contraintes de taille et de thème ne sont-elles pas contre-productive face à l’imagination débordante des auteurs ? Certains affirment qu’au contraire, c’est un bon moyen de stimuler son imagination, voire un bon remède contre le syndrome de la page blanche. Il faut en tout cas bien du courage pour se lancer ce genre de défi !

LCP : Qu’est-ce qui vous a décidé à publier ces nouvelles?

IdM : J’écris depuis toujours… Mais pour qui ? Personne. Cet élan, je l’ai eu grâce à mon compagnon tout d’abord, qui est mon premier lecteur. Cette décision vient d’une volonté de partage. Comme je l’ai dit, la nouvelle est pratique, courte et multiple à la fois : c’était le bon choix.

LCP : Avez-vous d’autres projets ?

IdM : En ce moment, j’essaie de sensibiliser ceux qui me soutiennent à la protection animale. Cela passe par l’autoédition d’un recueil poétique appelé « L’Enclume du monde », puisque les fonds collectés seront reversés à des associations. Un site internet officiel devrait voir le jour d’ici deux mois… J’envoie également un de mes manuscrits auprès de maisons d’édition depuis peu, dans l’espoir de signer un contrat… On l’espère !

LCP : D’où vient votre inspiration ?

IdM : Pour ce recueil de nouvelles, chaque nouvelle a son empreinte. Pour La Nouvelle Andromaque, je dirais qu’il y a toute cette connotation mythologique, de la littérature fondatrice que j’adore. Pour De Sang, j’ai été très inspiré du jeu vidéo Detroit : Become Human. Octavus a été écrite alors que j’écoutais la bande originale d’Un Monstre à Paris, et par extension la collaboration de M (Mathieu Chedid) et Vanessa Paradis. Le texte Peut-être des Enfers est le résultat d’une fascination que je cultive pour la figure de la sorcière. Théorie du Rien est le produit d’une collaboration avec Jo Zéro, une amie d’enfance photographe et modèle alternatif. L’idée était d’écrire un récit très dérangeant et organique, à la Silent Hill (jeu vidéo également). Obéissance absolue a ce quelque chose à la Tarantino, doucement ironique et légèrement sanglant. Enfin, la toute dernière, Lettre invisible me vient de mon expérience professionnelle, puisque je travaille dans la branche funéraire.

Les notes d’Ariel Cat-tinou et Shalena : Nous n’avions pas forcément remarqué toutes ces références, sauf peut-être pour La Nouvelle Andromaque et Obéissance Absolue qui sont nos préférées avec De Sang. Nous avions cependant relevé des thèmes dominants comme l’Identité, l’Amour, l’Humanité, la Communication, l’Espoir, la Liberté, ou encore la Mort.

LCP : Comment définiriez-vous le thème fil rouge de votre recueil ?

IdM : Je dirais qu’il s’agit de la violence. La violente désillusion, l’obsession, le rejet, l’ambition, sur soi, celle qui émane des autres et du monde.

LCP : Pourquoi définissez-vous ces histoires comme abstraites? Comment les reliez-vous aux rêves?

IdM : Elles sont abstraites, car je n’ai pas écrit ces nouvelles avec un but précis : un message à délivrer, noir sur blanc en toute simplicité. Il était question de donner un champ d’action total à mon lecteur, en lui laissant une interprétation multiple et libre et surtout, ne pas lisser mon discours. Au sens strict de la définition, on peut dire que mon recueil « n’opère pas sur la réalité ». Mais par ce procédé « fantasmagorique » de mise en scène, il établit une connexion. On aime trouver une signification aux rêves, même les plus absurdes.

Les notes d’Ariel Cat-tinou et Shalena : C’est clairement ce qui s’est passé pour nous lorsque nous avons parlé des nouvelles après lecture, notre interprétation de chaque histoire évoluait au cours de la discussion. Nous avions lu la même chose, et pourtant, nous avons compris, imaginé, interprété les choses différemment.

LCP : Y a-t-il une logique dans l’ordre des nouvelles ?

IdM : Il s’agit de l’ordre de rédaction, de la plus ancienne à la plus récente.

Les notes d’Ariel Cat-tinou et Shalena : Pendant notre échange, nous avons cependant noté une sorte de logique (c’est bien sûr ce qui nous a conduit à poser la question). Nous avions comme le sentiment que les histoires étaient de plus en plus sombres, les personnages de moins en moins libre. Et si l’avant dernière nouvelle nous donne comme un dernier souffle, c’est finalement la mort qui l’emporte dans l’ultime histoire.

LCP : Dans « la nouvelle d’Andromaque » il y a ce côté immersif total avec le « toi », pourquoi ne pas avoir gardé cet aspect-là dans toutes les autres nouvelles ?

IdM : L’usage de la première personne est mon expression favorite, et j’aime fusionner avec mon narrateur, quel que soit son genre. Passer d’une première personne à une troisième constitue un exercice de style, puisque je me forge en écrivant.

Les notes d’Ariel Cat-tinou et Shalena : Cette fameuse utilisation du « toi », comme si l’auteur s’adressait directement à nous, comme si nous faisions partie de l’histoire, nous a beaucoup interpelées et plu. C’est un concept que nous serions prêtes à croiser à nouveau avec plaisir. 

LCP : Est-ce un choix d’avoir donné un côté intemporel aux histoires ?

IdM : Un choix non, car cela sous-entendrait que je me suis demandé si j’allais chercher l’intemporalité. Elle s’est plutôt imposée comme une évidence. Les écrits qui nourrissent mon imaginaire sont pour la plupart intemporels, je pense que je frôle parfois le pastiche.

Les notes d’Ariel Cat-tinou et Shalena : Futuriste ou historique dans les idées, le décor planté et la philosophie des  personnages ne permettent pas de définir clairement la temporalité des nouvelles. Chacune d’elles pourrait aussi bien se passer aujourd’hui, hier ou demain.

Le mot de la fin des Chats Pitres :

Les Nouvelles Fantasmagoriques d’Isaac de Mont nous ont clairement transportées dans un univers différent du nôtre. Un univers parfois de rêve, d’autre fois plutôt cauchemardesque, mais toujours intrigant. Si l’ensemble est assez sombre, violent parfois, et surtout étrange, la lecture de ces histoires a tout de même éveillé en nous quelque chose de positif, des messages d’amour, d’espoir et de tolérance. Comme quoi c’est bel et bien dans l’ombre que brille le mieux la lumière. Merci Isaac de nous avoir proposé la lecture de votre recueil, ce fut une première collaboration gratifiante et une expérience de lecture différente et très intéressante.